L’important ce n’est pas la destination …

… L’important c’est le voyage. C’est la citation que j’ai gardée en tête quand nous sommes partis de Mahajanga pour aller à Diego Suarez, la ville la plus au nord de Madagascar. 902 km à parcourir sur des routes malgaches, c’est un sacré voyage. La trajet est annoncé avec une route en bon état de Mahajanga jusqu’à Ambanj. Arrivés là, il reste 237 km de route en mauvais état, jusqu’à Diego Suarez. Moins d’un tiers du trajet. Correct.

Avant d’entreprendre ce voyage, il a fallu choisir le moyen de transport. L’avion ? Rapide mais les horaires sont incertains et les billets trop chers pour nous. La location de 4×4 avec chauffeur ? Nous n’avons pas encore trouvé le bon contact pour obtenir des renseignements clairs sur les détails techniques. La voiture particulière ? La notre (un article à venir) n’est pas encore capable de parcourir cette distance et nous ne connaissons pas suffisamment le pays pour risquer des pannes, des réparations … en cours de route. Nous avons cherché, nous avons questionné nos collègues malgaches et l’une d’elle s’est occupée de tout pour nous. Elle nous a aidé à réserver un trajet en taxi-brousse, direct de Mahajanga jusqu’à Diego.

Le terme « taxi-brousse » peut être impressionnant pour nous, occidentaux, surtout pour un si long trajet. Il est facile d’imaginer le minibus bondé avec 30 personnes entassées sur 20 places, les poules à l’intérieur, le toit surchargé, des passagers qui montent tous les quarts d’heures, des pannes toutes les demi-heures, des passagers qui descendent toutes les heures …. Cette description est un peu exagérée mais pas complètement fausse.

En réalité, à Madagascar, le taxi-brousse désigne tous les transports collectifs, courts ou longs trajets sans distinction. Il y a pourtant des subtilités.

Notre collègue nous les a expliquées. Il est possible d’effectuer des voyages avec une compagnie sûre, qui utilise des véhicules entretenus. Pour les longs trajets, deux chauffeurs se relaient. Le véhicule part complet et tous les passagers vont jusqu’à la ville d’arrivée. Il n’y a donc pas d’arrêts pour des montées et descentes « intempestives ». Comme la compagnie est de confiance, le véhicule tombe rarement en panne. Voilà ce pourquoi nous avons « signé » et payé d’avance le trajet aller-retour. Sur son conseil, nous avons réservé une banquette complète : 4 places, derrière le chauffeur. Nous ne sommes que 3 mais une place supplémentaire serait plus confortable pour dormir pendant le trajet nocturne. Le taxi devait partir à 16h30 et arriver à Diego vers midi le lendemain.

Le jour dit, nous avons reçu un appel nous signalant que le taxi partirait plus tôt car il était complet et tous les passagers disponibles. Nous sommes donc arrivés à la gare routière de Mahajanga à 14h30. Nous avons constaté que le véhicule « Sprinter » était effectivement propre, bien entretenu avec des pneus en bon état … Ce n’était pas le cas de tous les véhicules garés là. Le chargement du toit a commencé avec les effets de chaque passager. De grands paniers, des cartons, un matelas, le « board bag » de « Grand V », des sacs, des palettes … Cela a pris du temps mais à 15h45 notre chauffeur nous a invité à monter et nous sommes partis. Il a démarré et avec lui, la musique. A fond.

15 mètres plus loin, nous avons fait le plein à la station service.

200 mètres après, le chauffeur s’est arrêté pour récupérer des papiers.

500 mètres encore et une passagère supplémentaire est montée, il y avait donc 5 passagers au lieu de 4 sur la banquette derrière nous.

200 mètres plus loin, le chauffeur a acheté une bouteille d’eau dans une gargotte.

1 kilomètre de plus et il est descendu pour entrer puis sortir d’un grand hangar.

5 kilomètres encore et nous nous sommes arrêtés pour la première « pause pipi »

Puis nous avons roulé un bon moment.

A 18h00, nous sommes arrivés dans la ville de Marovoay. Des vendeurs se sont approchés du taxi pour nous vendre de la nourriture. Sans descendre nous pouvions manger, au choix : œufs durs de canard, poulet cuit, sambos, beignets divers, gâteaux, mangues, bananes … Nous avons acheté des sambos. Un peu comme des samoussas.

Vers 18h30 nous nous sommes arrêtés encore. Personne ne semblait vouloir monter mais beaucoup de monde parlementait sur le bord de la route autour de 2 grands paniers carrés. Nous n’y avons pas prêté attention mais comme l’arrêt durait, nous sommes descendus pour voir de plus près ce qu’il se passait. Les deux paniers contenaient des canards vivants et nous devions les emporter ! Les discussions semblaient tourner autour de « Comment charger ces deux paniers sur le toit ? ». Peut-être aussi sur le montant à payer au chauffeur pour effectuer cette livraison …Une fois le chargement effectué, nous sommes repartis.

Une « pause pipi » plus tard, il était 20h, nous étions à Ambodromany, c’était notre dixième pause, celle du repas. Étant donnée l’allure du restaurant, nous étions contents d’avoir mangé des sambos à l’arrêt précédent et d’avoir emporté des cacahuètes … Nous nous sommes contentés d’un soda chacun. Les canards, sur le toit, se faisaient entendre. La musique aussi. Toujours à fond.

Puis nous sommes repartis, dans la nuit déjà noire depuis longtemps. Nous avancions et découvrions, au dernier moment, la vie qui se déroulaient dans l’obscurité, éclairée par la lumière des phares : des marcheurs qui donnaient l’impression de surgir devant nous, des gens assis sur le bord de la route par petits groupes, des petites maison en terre ou en satrana, les échoppes délaissées par les vendeurs ayant terminés leur journée de travail. Nous avons tout de même fait trois pauses « pour rien », rapides, espacées de 15 ou 20 minutes maximum. J’ai demandé à des passagers : « Pourquoi est-ce que tout le monde descend à chaque fois ? A quoi sert cette pause ? » La réponse était aussi évidente pour la dame que ma question lui paraissait incongrue : « Pour rien, pour nous dégourdir un peu les jambes. » « Petit V » s’est endormi sur les sacs que nous avions entassés entre le dossier des banquettes avant et la notre, plutôt bien installé. Sans ceinture, c’est vrai. Mais même dans ce véhicule récent, il n’y en avait pas !

Après 22 heures, nous n’avons plus vu de piétons. Seuls quelques autres taxi-brousse ou des camions de marchandises roulaient aussi. Nous nous sommes endormis. Dans les moments d’éveil, nous pouvions voir le ciel étoilé. Aucune lumière parasite. Il semble plus grand ici. Parfois aussi, la lumière des incendies. Pour le charbonnage, le drame écologique du pays.

Nous nous sommes arrêtés à Port Bergé. « Grand V » m’a dit : «  Je crois que là, on charge des cartons vides ». Il devait sûrement rester un peu de place sur le toit ! Il a aussi fallu « arranger » un peu les canards qui avaient l’air tous tassés, dans un coin. Peut-être qu’il risquait d’y avoir des pertes à l’arrivée. J’ai prêté ma lampe torche pour participer à l’effort collectif. L’ambiance était bonne dans ce taxi-brousse.

A 4h00, il y a eu une « pause pipi » dans le noir complet et à 5h30 une autre dans le petit matin. Entre-temps nous étions passés à Ambanj où deux passagers sont descendus. Il ne nous restait donc que 237 kilomètres à parcourir. En 7h, cela paraissait jouable. Le volume sonore de la musique n’avait pas bougé.

Puis nous nous sommes arrêtés encore deux fois pour des descentes et montées de passagers. A 8h30, nous étions à Ambilobe, il restait 140 kilomètres. Là, les cartons vides ont été déchargés, de même que les canards. Nous étions plutôt soulagés, leur odeur un peu entêtante entrait par la fenêtre ouverte, en même temps que l’air que nous espérions frais. C’était également l’heure du petit-déjeuner mais là encore, seul « Grand V » a trouvé son bonheur : un café.

Il nous semblait que nous touchions au but. Mais ce n’était que le début de la route en mauvais état. « Mauvais état » ? Un euphémisme ! Le chauffeur roulait à 20 km/h la plupart du temps. Il a pu faire quelques pointes à 60 km/h mais elles furent très rares. C’était un très bon chauffeur. Nous étions peu secoués et nous ne nous sommes jamais sentis en danger. Il évitait les trous énormes. Parfois il lui était plus facile de rouler sur le bord en terre que sur la trop mince bande de bitume qui restait. A certains endroits la route était quasiment coupée. A deux reprises, sur le bas-côté, des enfants travaillaient à ramasser de la terre pour combler certains trous. Le chauffeur s’est arrêté pour leur donner un peu d’argent. Pour remercier du service rendu sans doute.

Nous traversions des paysages magnifiques depuis des heures. Beaucoup plus verts que les environs de Mahajanga. Et les arrêts ont continué … Pour changer un pneu, pour faire monter des passagers, pour une pause-pipi, pour faire descendre des passagers…

A 11h30, nous nous sommes arrêtés pour faire réparer le pneu et déjeuner.

Plus que 70 km à parcourir. La musique était toujours à fond et l’odeur des canards aussi ! Mais le chauffeur comptait nous faire profiter du trajet jusqu’au bout. Nous nous sommes encore arrêtés car il avait des courses à faire : des fruits d’arbre à pain, des paniers tressés, des bananes. Tout ça, sans descendre du véhicule, par la fenêtre.

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Et puis soudain, au détour d’un virage, nous avons découvert la baie de Diego-Suarez. La mer turquoise, le « pain de sucre » au milieu, les ilots autour. Sublime !

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A 14h00, nous étions à la gare routière. Nos affaires déchargées. Prêts à commencer les vacances et à découvrir un nouveau lieu.

Nous avons remercié le chauffeur pour le voyage. La musique était toujours à fond.

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