Parc d’Ankarafantsika

A 115 km de Mahajanga, sur la route qui mène à Tana, se trouve le Parc National d’Ankarafantsika. 130 000 hectares de nature protégée. Une partie de la réserve est « intégrale » c’est à dire qu’aucune activité risquant d’engendrer une modification de la nature n’est autorisée. Seule la promenade accompagnée d’un guide est possible. Le notre, surnommé Rap, fut excellent et nous a fait partager ses nombreuses connaissances. Il a également répondu à beaucoup de questions que je me pose sur le pays en général. Cette journée d’excursion fut riche d’apprentissages !

Partis de la ville en début d’après-midi, nous sommes arrivés sur place après environs 2h30 de route. La nuit tombait et nous avons rejoint un bungalow en bordure du lac. Nous étions les seuls visiteurs ce soir-là. J’avais réservé et pourtant personne ne nous attendait, le bureau d’accueil était fermé. Heureusement qu’un gardien est toujours là ! Nous avons beaucoup entendu qu’Ankarafantsika ne présentait pas beaucoup d’intérêt, qu’il y avait peu d’animaux, que l’hébergement était un peu « limite » … Des renseignements pris sur internet étaient plus mitigés. Le parc semblait désert à notre arrivée, nous nous sommes demandés si nous trouverions un guide le lendemain et si nous n’aurions pas dû nous fier à certaines opinions entendues.

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Mais le lendemain matin, le bureau d’accueil était ouvert et nous sommes partis avec notre guide à 8h00. Nous avons commencé à marcher dans une forêt dense et belle. Dès le départ nous avons vu des propithèques de Coquerel, une espèce endémique du parc. Ce sont des sifakas (les lémuriens danseurs) blanc et bruns. C’est toujours un peu magique de voir ces animaux bondir, avec une telle aisance, de branche en branche. Nous avons aussi croisé des makis bruns et un microcèbe, l’espèce de lémurien nocturne.

Du côté des reptiles, nous avons pu observer de nombreux iguanes à collier noir, des caméléons-rhinocéros et d’autres, miniatures. Plusieurs serpents ont croisé notre chemin, des couleuvres petites ou grandes. Inoffensives peut-être mais impressionnantes quand même ! Qui se sent vraiment à l’aise face à un serpent ? Pour la première fois, nous avons vu des lézards plats. Leur tête et leur queue ressemblent beaucoup à celles d’un serpent mais leur corps est bien celui d’un lézard. Nous avons aussi croisé de grosses araignées dont le fil est doré. Le marcheur en tête de file doit être attentif si il ne veut pas se retrouver coiffé d’or …

La forêt est magnifique, les arbres immenses. Après environ 1 heure de marche, nous en sommes sortis pour arriver dans une savane : peu d’arbres, les herbes hautes de la saison des pluies et la terre parsemée de termitières. Ce chemin nous a mené jusqu’à un canyon étonnant. Cette formation géologique due à l’érosion offre un paysage splendide avec des nuances de couleurs allant de l’ocre au blanc. Un chemin permet de descendre dans le canyon mais celui-ci n’était pas ouvert car nous étions encore en période de pluie, ce qui rend le sol instable.

 

Au retour, nous avons croisé de nombreux serpents qui se doraient au soleil et toujours de beaux sifakas bondissants. La pluie s’est mise à tomber les 20 dernières minutes, les animaux se sont cachés et nous somme allés déjeuner.

L’après-midi, le risque d’averse était encore présent mais nous sommes partis faire une partie du tour du lac Ravelobe. Il porte le nom du prince qui s’est suicidé en se jetant dedans pour échapper aux colons français. Ce lac est le lieu d’habitation des crocodiles, ce qui en fait un lac sacré. Il est interdit de s’y baigner et de s’en approcher de trop près. De nombreux habitants du village ne semblent pas craindre de braver ces interdits car nous avons vu beaucoup de pêcheurs. Les malgaches n’ont pas peur des crocodiles car d’après les croyances, ceux-ci sont la réincarnation des ancêtres. Le guide nous a raconté un ou deux accidents survenus qui ont terminé de nous convaincre de nous baigner ailleurs si vraiment l’envie était trop forte ! Mais ces accidents ont une explication : si un crocodile attaque c’est qu’un fady a été bafoué par quelqu’un des environs (pas forcément la victime elle-même) ! Les fady sont des « tabous » qui régissent la vie des croyants. Et ils sont différents selon les ethnies, les lieux, les familles … Difficile pour le vazaha de s’y retrouver mais il est important de les connaître. Par exemple, au lac Ravelobe, il est interdit d’apporter du poulet ou du porc et d’uriner au pied d’un arbre. En cas d’envie pressante, laisser le groupe s’éloigner puis se soulager au milieu du chemin !

Cette promenade autour du lac fut l’occasion pour nous de comprendre quelques unes des traditions sakalavas. Le territoire sakalava s’étend du le nord-ouest au sud du pays. Sakalava vient de 2 mots « sakani » qui signifie largeur et « lavani » qui signifie longueur. En effet, les sakalavas ont traversé le pays avant de s’installer dans cette région. Le territoire sakalava est divisé en deux : le Boeny eu nord (autour de Mahajanga) et le Menabe au sud (autour de Morondava).

Au bord du lac se trouve un Doany, c’est un lieu de cérémonie religieuse. Il y a 2 sculptures de femmes à l’entrée, montrant le caractère matriarcal de la société sakalava. Les deux sont représentées avec des crocodiles. Un tamarinier est entouré de tissu blancs et rouges. Cet arbre est sacré et peut avoir une longévité de 800 ans. Il sert d’arbre à palabres car il offre toujours une belle ombre. Le culte des ancêtres est très fort à Madagascar. Lorsqu’on s’assoit sous un tamarinier, c’est à nous, vivants, de penser à tout ce que nos ancêtres ont pu vivre et dire sous ce même arbre. Il est un signe de sagesse. Lors des cérémonies au Doany, un « prêtre » entre en transe et sert d’intermédiaire entre les ancêtres et les vivants. C’est le tromba.Des offrandes ont lieu, on sacrifie un zébu par l’immolation. Des os du défunt sont rassemblés dans une corne qui devient sacrée et que l’on nomme moara.

Ce lac est aussi un lieu où de nombreux oiseaux viennent nicher mais la saison n’était pas très propice.

De l’autre côté du lac, une petite promenade au milieu des rizières nous a conduit jusqu’à deux magnifiques baobabs. Endémiques d’Ankarafantsika, leur tronc gris s’élance vers le ciel. Ils ne sont pas de la même espèce que celui de Mahajanga qui est beaucoup plus large.

Après cette journée de balade, nous avons pu nous forger notre opinion. Le parc d’Ankarafantsika mérite qu’on s’y arrête. Nous n’en avons visité qu’une toute petite zone mais ce que nous y avons découvert nous a enchanté.

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