Chacun sa route

oyager à Madagascar c’est toute une histoire. Compliquée pour certains, trop contraignante pour d’autres, irréelle ou inimaginable parfois aussi. Selon moi, voyager à travers Madagascar, c’est une histoire longue, toujours renouvelée, pleine de rebondissements et parfois de belles rencontres. C’est une histoire pas toujours simple si personne ne nous guide pour la démarrer et dont il faut connaître quelques « secrets ». Mais c’est une histoire remplie d’images surprenantes, fugaces, marquantes et souvent belles. Voyager à Madagascar c’est, avant tout, une histoire à vivre dont il est facile de profiter si l’on met de côté notre vision européenne du voyage et des transports.

Le moyen de transport de prédilection ici, c’est le taxi-brousse. Celui avec lequel la majorité des malgaches effectue les longues distances lorsqu’ils ont à se déplacer. C’est aussi ce que nous utilisons la plupart du temps, mais en choisissant la version la plus confortable pour nous. Ainsi, pour nos trajets vers le nord, nous avons désormais un chauffeur « préféré ». C’est Monsieur Dada, ou Monsieur « Calme-toi », ainsi qu’il a nommé son véhicule jaune. Plusieurs fois, nous avons voyagé avec lui sur sa ligne « régulière ». Mais trois fois, nous avons « privatisé » son véhicule, c’est à dire payé les 18 places pour ne voyager qu’à 5 ou 10 selon le nombre de « vahinys » qui nous accompagnait et pour adapter nos horaires. Quel confort ! Dans le véhicule, car la route jusqu’à Diego, il faudrait plus d’un article pour la décrire … Nous venons tout juste de renouveler l’opération avec un autre chauffeur et pour un autre trajet : 22 places pour 6 personnes sur le trajet Tana -> Miandrivazo. Si on laisse de côté l’odeur du poisson transporté la veille, ce trajet fut également confortable !

Pour le trajet de Majunga à Tana, nous voyageons avec Cotisse. C’est une compagnie de taxi-brousse privé dont le fonctionnement pourrait se comparer à celui des trains en France. Il faut réserver sa place à l’avance, et on peut choisir son siège selon les disponibilités. Les départs se font à heure fixe et le temps de trajet est quasiment garanti, sauf gros imprévu. Les véhicules partent à l’heure prévue, s’arrêtent très peu : 2 ou 3 « pauses techniques » pour les passagers et une pause repas. Toujours au même endroit. Le système est rodé et fonctionne bien. Les véhicules sont entretenus et confortables. Il ne reste plus qu’à s’asseoir pour prendre la route. Il ne faut pas oublier non plus de bien accrocher son estomac, car les virages des hauts plateaux sont une épreuve que certains trouvent difficile à traverser. Heureusement, « Grand V » a découvert l’huile essentielle de menthe poivrée, un très bon remède à renifler quand tout tourne et se retourne …

« Prendre la route » est une activité à part entière. « Activité » n’étant pas le mot le mieux choisi puisqu’on passe beaucoup de temps à ne rien faire. Les temps de trajets sont toujours longs, parfois incertains selon l’itinéraire et la densité de circulation (à Tana ou dans les villes car ailleurs, les routes sont vides). D’ailleurs les trajets se mesurent en heures plutôt qu’en kilomètres . Tana Majunga 550 km, 11 heures. Rouler à 50km/h est une bonne moyenne. La RN4 est en effet en plutôt bon état. Dans l’ensemble, le revêtement est correct. « Prendre LA route » impossible de le dire autrement, iI n’y a qu’une route pour les itinéraires les plus fréquentés. Une route nationale à deux voies, sans marquage au sol, sans panneaux indicateurs, sans glissières de sécurité. Parfois figurent le nom des villes et des fleuves. Une route. La route. Elle traverse des villes ou des villages mais la plupart du temps elle traverse l’immensité vide. Ou pleine. Question de point de vue. Vide de civilisation, d’habitations, de pylones, de béton. Au plus loin que notre regard porte, on ne voit rien. Nous sommes sur la route et nous avons conscience que le paysage qui s’étend devant nos yeux est vide. Ou plein, donc. Plein de reliefs, de roches, de colines, de montagnes, d’arbres clairsemés, d’herbe verte ou sèche, parfois de rivières, de cascades, de lacs… plein de nature. Et au-dessus, un ciel immense. Bleu la plupart du temps. Parfois semé de nuages dont les ombres jouent sur les montagnes. « Prende la route » à Madagascar c’est une expression en couleur. Bleu, vert, rouge et blanc de décembre à mai. Un peu moins vert, le reste de l’année. Saison sèche oblige, le vert jaunit. Les paysages offrent des images saisissantes qui, mêlées à l’inaction du voyage, incitent à la rêverie ou font naître des pensées. Nos 2 premiers voyages par la route furent mémorables, très chargés des émotions du début, de la découverte. Cette phase est terminée depuis longtemps, nous avons compris que lorsque nous « prenons la route » nous entrons dans une dimension de temps et d’espace, à part. Nous passons en « mode voyage ». Patienter sans s’attendre à rien, laisser venir, avancer, se laisser porter… C’est un excellent moyen de « lâcher prise » sans avoir besoin de consulter un « spécialistologue ».

Cela dit, nous partons toujours équipés  de notre « kit de voyage » constitué au fur et à mesure de nos expériences. Nos deux essentiels sont un coussin chacun et un casque avec de la musique pour nous mettre « dans notre bulle » quand la « musique de taxi-brousse » se fait trop présente. On pourrait ajouter un foulard pour éviter les courants d’air qui arrivent par la vitre ouverte du chauffeur et pour s’isoler des regards lors des pauses techniques en brousse rase et sans arbre. En France, lors des grands départs en vacances, nombreux sont ceux qui partent avec pique-nique, en-cas, eau … pour ne pas perdre de temps ou pour éviter de dépenser le prix d’un repas pour 5 dans un sandwich en carton acheté sur une aire d’autoroute. A Madagascar, ce n’est pas nécessaire. Il n’existe pas d’aires de stationnement équipées de toilettes, de jeux pour enfant, de distributeur de friandises mauvaises pour la santé et des boissons sucrées. Mais il y a des villes et des villages dans lesquels se trouvent de nombreuses épiceries où l’on trouve de l’eau, des boissons sucrées et même des friandises mauvaises pour la santé. Mais, si on préfère, on peut acheter des fruits, des sambos, des brochettes ou choisir un restaurant dans lequel on peut manger pour 5 euros maximum par personne un plat cuisiné sur place avec des aliments frais. C’est vrai que ces restautants sont parfois improbables. La nourriture y est inégale, les conditions d’hygiène ne satisferaient sans doute pas les services sanitaires français. Mais des gens travaillent et gagnent leur vie sans engraisser de multinationale (sauf pour les boissons sucrées … coca-cola est toujours là!) et avec l’expérience on apprend à choisir des plats « sûrs ».

Lorsque nous sommes sur la route, je collectionne les photos que je ne peux pas prendre. Je me fabrique des albums entiers. [Une femme marche seule, habillée tout en orange et brandit à bout de bras un bâton sur lequel un lambaona violet flotte comme un drapeau.] [Deux adolescents conduisent une charrette, elle est vide, ils sont debout et les zébus galopent. Les garçons sont fiers comme Ben Hur sur son char.] [Une vieille dame est assise à l’ombre d’un manguier, vêtue de sa robe « d’église » en tissu satiné violet, 3 régimes de bananes sont posés devant elle, à vendre et elle dort.] [La plaine de Marovoay et ses carrés de rizières vert tendre dans lesquels de ci, de là, des gens travaillent, de, l’eau jusqu’aux genoux, penchés en avant pour, selon la saison, repiquer ou récolter le riz.] [Les petites maisons basses du nord-ouest, en satrana, en bois,en falafy ou en terre ; si différentes de celles des hauts plateaux, en briques, souvent avec un étage et un balcon avec des piliers.] [Nous passons sur un pont, en contrebas, des enfants jouent dans la rivière, nus, pendant que leurs mères font la lessive. Les vêtements étalés sur les pierres pour sécher font des taches colorées.] [En avril, sur le bord des routes, les gens battent le riz puis l’étalent sur de grandes bâches pour qu’il sèche. Partout on voit de grandes taches jaunes.] [En octobre, novembre ou décembre, les manguiers donnent des fruits à volonté qui font des taches jaunes ou oranges dans les feuillages] [Une petite fille avec une déguisement de Blanche Neige est debout dans une benne à ordure et les retourne avec un bâton pour trouver ce qui peut encore être utilisé.] Toutes les « photos » n’inspirent pas les mêmes sentiments.

Quand je suis sur la route, je pense souvent à ceux qui aimeraient tel ou tel endroit, je laisse mes pensées aller où elles veulent. Je regarde le soleil se lever ou se coucher, la lumière changer, la lune sortir et les étoiles briller comme nulle part ailleurs, tellement nombreuses ! Quand je suis sur la route, j’écris dans ma tête ce que je voudrais écrire ici plus tard. Quand je suis sur la route, je retrouve aussi le plaisir de poser un regard neuf sur ce que je vois, qui m’a tant surpris à mon arrivée et auquel je me suis habituée. Je vois les choses, les gens ou les paysages avec les yeux de mes proches auxquels je pense. Enfin … j’essaie, j’imagine …

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