Se déplacer à Madagascar : les transports routiers

Voyager à Madagascar c’est toute une histoire, si on se fie aux guides de tourisme. Compliquée pour certains, trop contraignante pour d’autres, parfois même inimaginable. Se déplacer à travers Madagascar, c’est une histoire longue certes, mais toujours renouvelée, pleine de rebondissements et souvent de belles rencontres. C’est une histoire pas toujours simple sans guide. Utiliser les transports routiers à Madagascar permet pourtant de découvrir des facettes du pays, invisibles autrement. Il est possible, en voyageant dans la Grande île, de vivre une expérience inoubliable. Se déplacer à Madagascar c’est, avant tout, une histoire à vivre dont il est facile de profiter en adaptant notre vision européenne du voyage et des transports. Voici nos secrets et astuces, pour des déplacements économiques et sans stress sur l’île Rouge.

1- UTILISER LES TRANSPORTS COLLECTIFS : LE TAXI-BROUSSE

Identifier les différents types de véhicules

Le moyen de transport de prédilection, c’est le taxi-brousse. C’est ainsi que la majorité des malgaches effectue les longues distances lorsqu’ils ont à se déplacer. C’est aussi ce que nous utilisons la plupart du temps, mais en choisissant la version la plus confortable pour nous. Il existe différents types de véhicules : picks-up 404 Peugeot bâché, camions Mercedes avec plateforme équipée de bancs en bois et bâchée mais aussi des mini-bus de type Trafic ou Sprinter, aménagés et confortables. A chacun ses priorités : authenticité, confort, prix, aventure …


Se rendre à la gare routière

Rien de tel qu’une étape à la gare routière pour préparer son trajet et vérifier le degré de confort des véhicules. Plusieurs coopératives de transport se partagent les liaisons routières, elles possèdent un bureau dans les gares routières de chaque ville. C’est là qu’il faut se rendre pour obtenir des informations : jours et heures de départ, tarifs … Prendre le temps d’inspecter les véhicules avant de réserver son trajet permet d’éviter des surprises. Bien sûr, demander cela poliment et avec le sourire participera davantage à la réussite du voyage qu’exiger, critiquer et comparer avec les véhicules de France.


Payer son trajet

Le prix du billet est affiché, cela vous assurera de ne pas payer un tarif majoré « spécial touriste ». Vous pouvez choisir votre siège, selon vos préférences. Acheter plus de places que de voyageurs vous permettra de bénéficier de plus d’espace et ainsi de vous allonger, ce qui est très appréciable car les trajets sont souvent longs (voir très longs) et se déroulent parfois en partie de nuit.

2- PRIVATISER UN TAXI-BROUSSE

Pour nos premiers trajets, nous avons utilisé les lignes régulières décrites dans le paragraphe précédent.

Désormais, pour nos trajets vers le nord du pays, de Mahajanga vers Antsiranana (ou Diego-Suarez) nous avons un chauffeur préféré. Monsieur Dada est le président de l’antenne de Mahajanga de la coopérative Besady. Pour nous, il est aussi Monsieur « Calme-toi », car c’est ainsi qu’il a nommé son Sprinter jaune et blanc. Plusieurs fois, nous avons voyagé avec lui sur sa ligne régulière. Mais il nous est aussi arrivé de privatiser un véhicule, c’est à dire payer les 18 places pour ne voyager qu’à 5 ou 10 selon le nombre de « vahinys » qui nous accompagnait. Cela permet d’adapter les horaires à notre convenance et d’éviter les arrêts autres que ceux indispensables pour nous (repas, pause-pipi …).

Quel confort ! Dans le véhicule seulement, car la RN6 jusqu’à Diego, il faudrait plus d’un article pour décrire son état … Mais Monsieur Dada n’y est pour rien.

Nous avons eu l’occasion de renouveler l’opération pour nous déplacer d’Antananarivo à Miandrivazo : 22 places disponibles pour 6 personnes. Ainsi nous avons complètement bénéficié d’un voyage personnalisé selon nos besoins. Le chauffeur a récupéré nos 3 amis, à 4 heures du matin, à leur atterrissage à l’aéroport d’Ivato-Antananarivo  puis ils sont venus nous chercher à notre hôtel et nous avons directement pris la route. Pas de taxi, pas d’attente inconfortable avec des valises …. Si on laisse de côté l’odeur du poisson transporté la veille, ce trajet fut très confortable et les vacances ont débuté sans délai.

3- VOYAGER EN TAXI-BROUSSE VIP

Pour le déplacement de Majunga à Tananarive, nous voyageons avec les transports Cotisse C’est une compagnie de taxi-brousse privé dont le fonctionnement peut se comparer à celui des trains en France. Il faut réserver sa place à l’avance et c’est possible par internet. On peut choisir son siège selon les disponibilités. La gamme d’équipement des Sprinter Mercedes et les tarifs varient de «Cotisse Lite» à «Cotisse VIP» en passant par «Cotisse Premium». Dans tous les cas, les véhicules sont entretenus et contrôlés entre chaque voyage. Le WIFI est disponible à bord et d’autres options bien appréciables selon le confort choisi. La climatisation du Cotisse VIP est bien appréciable par exemple ! Les départs ont lieu à heure fixe et le temps de trajet est quasiment garanti, sauf gros imprévu. Les véhicules partent à l’heure prévue, s’arrêtent très peu : 2 ou 3 « pauses techniques » pour les passagers et une pause repas. Toujours au même endroit. Le système est rodé et fonctionne bien. Il ne reste plus qu’à s’asseoir pour prendre la route !

4- APPRÉCIER LES TRAJETS

« Prendre la route » est une activité à part entière. « Activité » n’étant pas le mot le mieux choisi puisqu’on passe beaucoup de temps à ne rien faire. Les temps de transport à Madagascar sont toujours longs, parfois incertains selon l’itinéraire et la densité de circulation (à Tananarive ou dans les villes, car ailleurs les routes sont vides). D’ailleurs les trajets se mesurent en heures plutôt qu’en kilomètres . Aller de Tananarive à Majunga représente 550 km, cela prend 11 heures. Rouler à 50km/h est une bonne moyenne. La RN4 est en effet en plutôt bon état. Dans l’ensemble, le revêtement est correct. « Prendre LA route » impossible de le dire autrement, il n’y a qu’une route pour les itinéraires les plus fréquentés. Une route nationale à deux voies, sans marquage au sol, sans panneaux indicateurs, sans glissières de sécurité. Parfois figurent le nom des villes et des fleuves. Une route. La route. Elle traverse des villes ou des villages mais la plupart du temps elle traverse l’immensité vide. Ou pleine. Question de point de vue. Vide de civilisation, d’habitations, de pylônes, de béton. Au plus loin que notre regard porte, on ne voit rien. Nous sommes sur la route et nous avons conscience que le paysage qui s’étend devant nos yeux est vide. Ou plein, donc. Plein de reliefs, de roches, de collines, de montagnes, d’arbres clairsemés, d’herbe verte ou sèche, parfois de rivières, de cascades, de lacs. Plein de nature. Et au-dessus, un ciel immense. Bleu la plupart du temps. Parfois semé de nuages dont les ombres jouent sur les montagnes. « Prendre la route » à Madagascar c’est une expression en couleur. Bleu, vert, rouge et blanc de décembre à mai. Un peu moins vert, le reste de l’année. Saison sèche oblige, le vert jaunit. Les paysages offrent des images saisissantes qui, mêlées à l’inaction du voyage, incitent à la rêverie ou font naître des pensées. Notre premier voyage  par la route fut mémorable, très chargé des émotions du début, de la découverte du pays. Cette phase est terminée depuis longtemps, nous avons compris que lorsque nous « prenons la route » nous entrons dans une dimension de temps et d’espace, à part. Nous passons en « mode voyage ». Patienter sans s’attendre à rien, laisser venir, avancer, se laisser porter… C’est un excellent moyen de « lâcher prise » sans avoir besoin de consulter un « spécialistologue ».

Quand je suis sur la route, je pense souvent à ceux qui aimeraient un endroit ou un autre, je laisse mes idées divaguer. Je regarde le soleil se lever ou se coucher, la lumière changer, la lune apparaître et les étoiles briller comme nulle part ailleurs, tellement nombreuses ! Quand je suis sur la route, j’écris dans ma tête ce que je voudrais écrire ici plus tard. Je retrouve aussi le plaisir de poser un regard neuf sur ce que je vois, qui m’a tant surpris à mon arrivée et auquel je me suis habituée. Je vois les choses, les gens ou les paysages avec les yeux de mes proches auxquels je pense.

C’est autant un voyage spirituel qu’un voyage touristique.

5- PRÉVOIR SON KIT DE VOYAGE

Nous partons toujours équipés  de notre kit de voyage constitué au fur et à mesure de nos expériences. Nos deux essentiels pour nos déplacements à Madagascar sont un coussin et un casque avec de la musique pour nous mettre « dans notre bulle » quand celle du taxi-brousse se fait trop présente. J’ajoute un foulard afin d’éviter les courants d’air qui arrivent par la vitre ouverte du chauffeur et qui permettront de s’isoler des regards lors des pauses techniques en brousse rase et sans arbre. Pour la même raison, entre autres, voyager vêtue d’une robe longue et ample est bien plus confortable que tous les shorts et pantalons .

Parfois, il faut bien accrocher son estomac, car les virages des hauts plateaux sont une épreuve que certains trouvent difficile à traverser. Heureusement, l’huile essentielle de menthe poivrée que nous reniflons lorsque tout tourne et se retourne est un remède immédiat au mal des transports.

En France, lors des grands départs en vacances, nombreux sont ceux qui partent avec pique-nique, en-cas, eau … pour ne pas perdre de temps ou pour éviter de dépenser le prix d’un repas pour 5 dans un sandwich en carton acheté sur une aire d’autoroute. A Madagascar, ce n’est pas nécessaire. Il n’existe pas d’aires de stationnement équipées de toilettes, de jeux pour enfant, de distributeur de friandises mauvaises pour la santé et des boissons sucrées. Mais il y a des villes et des villages dans lesquels se trouvent de nombreuses épiceries où l’on trouve de l’eau, des boissons sucrées et même des friandises mauvaises pour la santé. Mais, si on préfère, on peut acheter des fruits, des sambos, des brochettes ou choisir un restaurant de route dans lequel on peut manger pour 5 euros maximum par personne un plat cuisiné sur place avec des aliments frais. C’est vrai que ces restaurants sont parfois improbables. La nourriture y est inégale, les conditions d’hygiène ne satisferaient sans doute pas les services sanitaires français. Mais des gens travaillent et gagnent leur vie sans engraisser de multinationale (sauf pour les boissons sucrées … coca-cola est toujours là!) et avec l’expérience on apprend à choisir des plats « sûrs » tels que le mine-sao (des nouilles sautées), les boulettes de viandes, le riz cantonais ou simplement les spaghettis nature pour les plus craintifs.

6- RAMENER DES SOUVENIRS DE VACANCES

Ceux que je vous propose de collectionner grâce aux déplacements par la route à Madagascar ne peuvent pas être exposés sur des étagères. Mais ils participent à la réussite du voyage et donnent une vision authentique du pays.

Lorsque nous sommes sur la route, je collectionne les photos que je ne peux pas prendre. Je me fabrique des albums entiers qui restent dans ma tête. [Une femme marche seule, habillée tout en orange et brandit à bout de bras un bâton sur lequel un lambaona violet flotte comme un drapeau.] [Deux adolescents conduisent une charrette, elle est vide, ils sont debout et les zébus galopent. Les garçons sont fiers comme Ben Hur sur son char.] [Une vieille dame est assise à l’ombre d’un manguier, vêtue de sa robe « d’église » en tissu satiné violet, 3 régimes de bananes sont posés devant elle, à vendre et elle dort.] [La plaine de Marovoay et ses carrés de rizières vert tendre dans lesquels de ci, de là, des gens travaillent, de, l’eau jusqu’aux genoux, penchés en avant pour, selon la saison, repiquer ou récolter le riz.] [Les petites maisons basses du nord-ouest, en satrana, en bois,en falafy ou en terre ; si différentes de celles des hauts plateaux, en briques, souvent avec un étage et un balcon avec des piliers.] [Nous passons sur un pont, en contrebas, des enfants jouent dans la rivière, nus, pendant que leurs mères font la lessive. Les vêtements étalés sur les pierres pour sécher font des taches colorées.] [En avril, sur le bord des routes, les gens battent le riz puis l’étalent sur de grandes bâches pour qu’il sèche. Partout on voit de grandes taches jaunes.] [En octobre, novembre ou décembre, les manguiers donnent des fruits à volonté qui font des taches jaunes ou oranges dans les feuillages] [Une petite fille avec une déguisement de Blanche Neige est debout dans une benne à ordure et les retourne avec un bâton pour trouver ce qui peut encore être utilisé.] Insolites, émouvantes ou simplement belles, toutes les « photos » n’inspirent pas les mêmes sentiments. Mais elles méritent toutes d’être vues.

 

Quand je suis sur la route, je pense souvent à ceux qui aimeraient tel ou tel endroit, je laisse mes pensées aller où elles veulent. Je regarde le soleil se lever ou se coucher, la lumière changer, la lune sortir et les étoiles briller comme nulle part ailleurs, tellement nombreuses ! Quand je suis sur la route, j’écris dans ma tête ce que je voudrais écrire ici plus tard. Quand je suis sur la route, je retrouve aussi le plaisir de poser un regard neuf sur ce que je vois, qui m’a tant surpris à mon arrivée et auquel je me suis habituée. Je vois les choses, les gens ou les paysages avec les yeux de mes proches auxquels je pense. Enfin … j’essaie, j’imagine …

Pour conclure, se déplacer par la route à Madagascar, constitue une expérience de voyage à part entière. Elle permet de connaître le pays de manière plus intime, de partager des moments avec les habitants et d’ainsi mieux découvrir la culture malgache.

Bien préparé, grâce aux astuces données plus haut, un trajet par la route offre des souvenirs inoubliables, très personnels et authentiques.

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